FileAzione
Jean Pierre Lozato-Giotart - TOURISME MARITIME Fr..pdfDownload Share on Facebook

Jean Pierre Lozato-Giotart  - Tourisme maritime : quelles pratiques et quelle perspective? FR

 La mer et les littoraux voisins continuent d’attirer la majorité des touristes dans le monde soit plus de 450 millions d’arrivées pour les seuls flux touristiques internationaux en 2010. A elle seule cette évaluation quantitative justifie que l’on puisse s’interroger à la fois sur les types de pratiques rencontrées sur les espaces marins et périnéritiques ainsi que sur les perspectives qui pourraient en découler.

QUELLES LIMITES ET QUELLES PRATIQUES ?

 Tout d’abord, quelles limites géographiques  retenir dans le cadre du tourisme maritime ? Pour notre part, nous considérons qu’il s’agit de toutes les pratiques de loisirs touristiques ayant un lien direct ou indirect avec les espaces marins :

  • Plages et côtes périlittorales continentales et insulaires
  • La majorité des espaces marins et océaniques

Dans le cadre de la présente analyse, l’on exclura toute autre forme de tourisme-comme la plupart des rencontres d’affaires et  les congrès- n’ayant aucun impact direct sur les pratiques touristiques  maritimes (figure 1).      

Depuis la traditionnelle villégiature maritime ou plutôt des « RIVIERA » méditerranéennes ou Adriatiques des siècles passés, les pratiques touristiques maritimes n’ont cessé de se développer et de se diversifier : balnéaire, sportives (surf, courses nautiques, parachute ascensionnel...), thalasso, ithytourisme, plongées sous marines (2 millions de clients par an) croisières. Sans oublier la vie nocturne sans laquelle bien des stations maritimes (Saint-Tropez, Rimini, Miami Beach) ne seraient pas aussi célèbres sur le marché touristique. Cependant, si les activités touristiques sont particulièrement nombreuses leur place sur les marchés touristiques et les espaces maritimes est inégalement répartie.

PRINCIPAUX ESPACES ET MARCHES MARITIMES

                 Dans la réalité le « poids » de chaque pratique touristique maritime est très inégal  en regard du nombre de clients enregistré ou estimé. Aucune publication ou étude sont disponibles pour obtenir des statistiques globales  sur les arrivées touristiques maritimes et l’on ne peut qu’avancer quelques estimations en 2010 :

  • 250 millions sur les côtes méditerranéennes
  • 100 millions sur les côtes nord américaines

Mais combien sur les côtes asiatiques, sud américaines ou encore en Baltique ou en Mer du Nord ?

Par ailleurs, les principales destinations  touristiques maritimes sont  encore très largement concentrées en Europe :  Costa Del Sol, îles Baléares, Canarie, rivieras franco-italiennes, plages tunisiennes, marocaines , turques, grecques, anglaises ou encore sur le littoral atlantique et la Manche en Europe septentrionale. Plages de Floride et de Californie, Cancun, Acapulco, Copacabana sur les Côtes américaines. Sans oublier la forte attractivité des destinations maritimes asiatiques comme en Thaïlande, à Bali ou l’île de Hainan, en Chine méridionale et les plages de l’Australie paradis de tous les surfeurs.

Les données sont plus précises pour les croisières maritimes : 16 millions de clients en 2010(1) dont plus de 12 millions pour la Caraïbe, près de 2 millions en Méditerranée  en englobant le Maroc atlantique et les Canaries et 2 millions pour la zone Pacifique –Océanie.

  • Grenier (Alain A.),  « Le tourisme de croisière », Teoros, n°27, pp.36-48, 2008

                   D’autres destinations plus mineures n’en sont pas moins connues comme les Seychelles, les Maldives ou l’île Maurice qui reçoivent chacune  près de 1 million de touristes par an. Malgré une réelle inégalité de fréquentation selon les destinations  l’on peut quand même parler de véritable mondialisation du tourisme maritime.

                DES PERSPECTIVES D’AVENIR CONTRADICTOIRES        

UN CROISSANCE ANNONCEE

             En considérant le Trend  du dernier demi-siècle, le développement touristique maritime, sous toutes ses formes, devraient continuer à croitre et gagner de nouvelles destinations dans le monde. A priori, l’on ne pourrait que souscrire à cette vision largement propagée par les experts de l’Organisation Mondiale du Tourisme. Sans aucun doute, les marchés touristiques et maritimes en particulier sont sur une phase ascendante à laquelle vont de plus en plus contribuer les foyers émetteurs des pays émergents comme le Brésil, la Chine, l’Inde, la Corée ou les anciens pays de la défunte URSS.  Bien que la part relative des destinations maritimes soit plutôt stagnante ? par comparaison avec celle du tourisme urbain et culturel,  il n’en demeure pas moins que dans l’absolu les  marchés  touristiques maritimes sont encore majoritaires. Le soleil, la mer et la plage seront encore pour longtemps des valeurs parmi les plus attractives du tourisme mondial.

DES LIMITES ET DES EXTERNALITES INCONTOURNABLES

    Les impacts environnementaux  sont incontestablement la limite incontournable de tout développement touristique non maitrisé. En premier lieu, la capacité de charge territoriale comme, par exemple, la trop forte pression sur les écosystèmes marins et périmarins occasionnée par la trop forte concentration de touristes sur les plages et la destruction de paysages par des infrastructures touristiques débridées comme sur certains littoraux méditerranéens(2) . En deuxième lieu, sans eau potable et sans transports aucune perspective de développement voir de maintien des activités touristiques n’est envisageable. Or, dès aujourd’hui de nombreuses régions maritimes sont à la limite de leur capacité en eau potable et pourrait très rapidement se trouver en situation de pénurie et par conséquent incapables de faire face à la demande touristique (figure2).

  • La multiplication et la concentration géographique des ports de plaisance si elle est considérée comme particulièrement intéressante sur le plan commercial n’en reste pas moins  discutables quant à leurs impacts sur les écosystèmes périnéritiques.

 

 

                Malgré les progrès technologiques permettant de mieux gérer les déchets organiques des consommations touristiques et des usages des eaux ,aussi bien salées que douces, l’on sera forcément amener à limiter les fréquentations et les pratiques touristiques au-delà de seuils qui restent à délimiter. Pa d’eau pas de tourisme ! De même, pas de transports pas de tourisme ! Les destinations maritimes et les espaces touristiques marins sont très directement tributaires des moyens de transports et de voies de communications qui ont fortement contribué à leur développement. Les Rivieras franco-italiennes ou Venise sont devenues de grandes destinations touristiques grâce aux chemins de fer et que deviendrait  Bali, Bora Bora ou les Maldives sans relations aériennes et maritimes ? A terme, les ressources énergétiques et les prix toujours haussiers des matières premières énergétiques risquent de mettre à mal toutes les perspectives encore Trop optimistes.

Jean-Pierre Lozato-Giotart

 Paris III Sorbonne Nouvelle

Directeur Master Ingénierie touristique Institut Catholique de Paris

Membre Commission Nationale Qualité Tourisme